Catégorie : les
régionales
Vous trouverez ci-dessous l'intervention de Mireille Brouillet sur
le thème de la culture, lors du meeting de
Troyes au Petit Louvre mardi 2 mars dernier.
Ce soir, je parlerai culture, mais, si à première vue ça a l’air plus
léger, plus futile que de parler social ou économie,
c’est quand même aussi un sujet sérieux et d’abord un sujet politique.
La culture est, comme l’éducation, le domaine le plus maltraité par les politiques de
droite.
Il y a là une logique : la droite, pour se maintenir au pouvoir, a besoin d’une population
la plus ignorante possible, d’une population qui exprime ses sentiments plutôt que sa réflexion.
Pour
preuve la réforme des programmes des lycées que le gouvernement est en train de mettre en place :
-
plus d’histoire-géo en terminale et
-
mise à mal des sciences économiques et sociales : l’horaire réservé à cette matière est diminué de moitié,
-
on supprime le social et,
-
pour ce qui est de l’économie, on va recadrer l’angle d’attaque en privilégiant l’approche
néolibérale.
Exercer sa réflexion va bientôt devenir un délit…
Alors, parce que l’art est éducateur, nourrissant, parce que la culture est civilisatrice, qu’elle est une
barrière contre la violence, contre ce quelque chose de mortifère qu’on sent grandir dans notre société où Sarkozy et son gouvernement ont un seul credo : isoler chacun dans un individualisme égoïste et apeuré, et une seule crainte : que tous,
ensemble, nous retrouvions la conviction que nous sommes une force collective, une force de travail, une force de création et une force d’opposition oui, pour toutes ces
raisons, nous, NPA et Parti de Gauche, qui mettons l’émancipation citoyenne au cœur de notre
projet, nous avons, au contraire, le devoir de faire la part belle à la culture, et à toutes les
cultures, dans le cadre de notre programme d’actions pour la région.
Ce programme peut se décliner dans trois directions : provoquer le besoin de culture, répondre aux
attentes du public, répondre aux besoins des acteurs de la culture.
Commençons par la nécessité qu’il y a à provoquer le besoin de
culture.
Les populations les plus défavorisées considèrent souvent a priori que le théâtre, l’opéra, les expositions..,
tout ça, ce n’est pas pour elles ; mes élèves, quand j’étais encore en activité, disaient : c’est pour les « bourges » ; il s’agit donc de les mettre en contact
avec ces aspects de la vie culturelle pour qu’elles aient l’occasion de constater qu’elles y trouvent du plaisir et un enrichissement de leur vie personnelle. En tant que prof, j’ai eu, par
exemple, l’occasion d’emmener des élèves à l’opéra, au Palais Garnier et si, au départ, ils étaient plus attirés par la perspective de la balade à Paris que par le spectacle lui-même, j’ai pu
constater qu’au retour beaucoup avaient vécu un émerveillement qu’ils n’auraient pas imaginé possible.
Nous devons donc amener la culture dans les quartiers, c'est-à-dire y proposer des spectacles, du
spectacle
vivant ; un travail en amont avec les jeunes à l’école et leurs parents dans les quartiers leur permet de s’approprier un mode d’expression qui, au départ, leur est étranger. Ce travail peut
prendre la forme de débats autour du thème du spectacle, mais ça peut être aussi la participation de la population à la confection de costumes ou d’éléments du décor, ou encore la possibilité de
tenir un petit rôle ou de faire de la figuration.
Nous devons aussi favoriser les rencontres entre le public et les acteurs de culture : ces rencontres
provoquent souvent le déclic qui donne envie de passer du rôle de spectateur « passif » à celui d’acteur ; et il faut enfin multiplier les « entrées dans la culture »,
sans oublier notamment la culture scientifique.
Deuxième axe de notre projet « culture : Répondre aux attentes du
public.
La culture coûte cher. C’est vrai pour l’ensemble du spectacle vivant (danse, théâtre, concerts) ;
c’est vrai aussi pour le cinéma : même si le prix de la place est abordable, la multiplicité des salles permet une fréquentation plus facile qui finit par peser sur le budget.
Mettre la culture à la portée de tous suppose donc d’aider les associations caritatives qui, outre
l’aide alimentaire, offrent des places de spectacle aux plus démunis, ça suppose aussi de soutenir les cinémas indépendants qui proposent des films d’auteurs, et ajoutent souvent, après la
projection, la rencontre avec le réalisateur, ça suppose encore d’inciter les structures culturelles à accueillir des résidences, et ça suppose enfin de reconduire l’ex
cellente initiative du
« Pass-Culture pour les lycéens » mis en place par le Conseil Régional sortant.
Nous avons, il y a un peu plus d’une semaine, rencontré des jeunes de la JOC ; ils venaient de
plusieurs régions et avaient organisé une manifestation pour faire part de leurs attentes en matière de culture : ils voudraient une aide aux transports pour se rendre sur les lieux de spectacles ; ils voudraient aussi être partie prenante dans les
choix de programmation des salles. Message reçu : si nous répondons à leurs attentes, ils accueilleront bien plus positivement nos propositions. Quoi de plus normal ? La pratique
culturelle, c’est forcément l’échange et la création de lien social.
Enfin, troisième point, nous devrons répondre aux besoins des acteurs de la
culture.
L’Etat se désengage de plus en plus de sa mission d’aide à la culture : dans les régions, les DRAC
ont de moins en moins de moyens pour subventionner les actions culturelles. Les salles nationales sont dotées d’un budget qui, à 80%, sert
au fonctionnement de la structure, ce qui ne laisse que 20% à la
production de spectacles. Les salles municipales, elles aussi, ont des coûts de fonctionnement qui les empêchent de s’ouvrir aux compagnies locales, ce qui fait que beaucoup d’entre elles
ont un taux d’occupation bien faible. Les artistes, qui pour leur grande majorité vivent difficilement de leur art, sont maintenant de plus en plus souvent en situation de
précarité.
Pour aider à la création, la région devra offrir aux artistes, dans chaque département, une
Maison de la culture, lieu de travail et de rencontres, rassemblant ateliers, salle de répétitions, salle de spectacles, salles d’exposition. Il faudra également inciter à la mutualisation
des moyens de fonctionnement des salles pour que ce coût redevienne supportable.
Pour permettre aux spectacles proposés par les compagnies locales de se faire connaître et de trouver leur
public en donnant aux troupes la possibilité de se produire sur plusieurs jours, pour être attentive aux souhaits et projets des associations, la région devra signer des conventions avec les
théâtres existants : une aide financière contre la participation à la création offerte par les compagnies locales.
Chers camarades, on annonce pour ces élections régionales un record d’abstentions ; et on
l’explique : manque d’ambition ! disent ceux qui en 2004 ont permis par leur vote de doter la France de 20 régions à gauche ; et ils ajoutent : « Ceux qui sont élus
cherchent plus à garder leurs sièges qu’à proposer des projets qui fassent rêver ! ». Manque d’ambition ! disent tous ceux qui, aujourd’hui, avec la crise et après une mandature
exercée par le PS, se laissent convaincre que la gauche et la droite c’est pareil.
Dans le domaine culturel comme dans l’ensemble de notre projet régional, vous le voyez, nous, NPA et Parti de
Gauche, nous ne manquons pas d’ambition, et vous qui êtes là ce soir vous saurez convaincre vos proches, vos amis, vos collègues
-
que l’abstention profite toujours à la droite,
-
que la gauche et la droite ce n’est pas pareil et
-
que, si on veut une vraie politique de gauche, d’abord à la région mais ensuite dans le pays tout entier,
il faut aller voter, aller voter pour notre liste « Tous ensemble, à gauche »
Chers amis, ça ne se voit peut-être pas mais, en dépit de votre présence chaleureuse, ce soir je n’ai pas le
moral. Le moral dans les chaussettes, je le dois à un fichier que Jean m’a envoyé et qui montrait comment le gouvernement va ajouter l’Education Nationale à son panier déjà bien rempli des
cadeaux qu’il fait au privé de tous nos services publics. A Chalons, lors de notre conférence de presse, j’ai dit que je faisais de la politique pour ne pas être un peu plus désespérée chaque
matin.
Alors, pour conclure, quelques mots d’Ariane Mnouchkine:
ne laissez pas le sarcasme gagner,
ne laissez pas le cynisme gagner ;
ne vous laissez pas désenchanter :
l’utopie, ce n’est pas l’irréalisable,
c’est l’irréalisé.
Derniers Commentaires